Eva Libertad García (2026) Espagne 1h40 avec: Miriam Garlo, Álvaro Cervantes, Elena Irureta version ST SM
Angela est sourde et enceinte , Hector est entendant. Ils forment un couple épanoui . La naissance de leur premier enfant inquiète Angela : Comment apprendre à devenir mère dans un monde qui oublie si souvent d’inclure ceux qui n’entendent pas ?
Un trésor d’émotion et de sensorialité.

Ces ballets de mains et de gestes silencieux viennent faire le lien entre des personnages malentendants superbement représentés à l’écran et les personnes entendantes qui s’adaptent, s’accommodant de lier geste et parole. La caméra porte une attention soutenue à la protagoniste ; le rapport au réel est le sien, sensible, viscéral, et l’on y découvre la vie de son point de vue, entre cette inclusion bienveillante au travail et dans l’intimité et les longs moments d’incompréhension dès lors qu’elle n’est plus avec ses proches. Le récit ne surligne jamais la violence symbolique qu’Angela subit ; il l’illustre à bonne distance, notamment dans des scènes où le corps médical se trouve ironiquement sourd à ses besoins, ce qui atteindra son apogée lors de son accouchement, douloureusement anxiogène. Alyssande Dauriac
Sorda transcende son sujet spécifique pour toucher à l’universel : la transmission, le lien mère-fille, la peur de ne pas être à la hauteur. Mais il n’oublie jamais la particularité d’Ángela, cette solitude amplifiée par une société qui refuse d’évoluer vers l’inclusivité. Le film déborde d’empathie, de joie et d’humanité, célébrant la beauté d’un amour qui persiste malgré les obstacles. Une manière pour la réalisatrice de sensibiliser les consciences à ces réalités trop souvent invisibilisées et un récit précieux, singulier et tendre, qui célèbre la diversité humaine. Bleu du miroir
La réalisatrice
Eva Libertad est une scénariste et réalisatrice espagnole, également sociologue, diplômée de l’Université Complutense de Madrid, puis reçoit une bourse pour étudier le théâtre. Elle complète sa formation artistique au Mexique et en Argentine
Elle développe une œuvre engagée, à la croisée de l’intime et du politique. Elle est révélée en 2021 avec le court-métrage
Sorda, première œuvre en langue des signes Elle en réalise ensuite l’adaptation en long-métrage, présentée dans de
nombreux festivals internationaux et auréolée à la Berlinale 2025 du Prix du public de la section « Panorama.
» Son cinéma explore avec sensibilité et radicalité les questions de genre, d’inclusion et de représentation, affirmant une voix singulière dans le paysage du cinéma espagnol contemporain.
L’interview

Sorda est né d’un court-métrage que vous aviez réalisé avec votre sœur. À quel moment ce sujet intime est-il devenu une matière de fiction ?
Effectivement, le long-métrage vient du court-métrage, qui lui-même est né d’un moment intime de la vie de ma sœur Miriam, au moment où elle a commencé à se demander si elle voulait devenir mère. À ce moment-là, je me suis rendu compte que, malgré le fait d’avoir une sœur sourde, je ne m’étais jamais interrogée sur ce que pouvait être la maternité pour une femme sourde.
Au-delà de la question du handicap, Sorda est aussi un film sur le couple. Vous explorez la fragilité du lien amoureux, notamment à travers les difficultés de communication. Était-ce central pour vous ?
Oui. Ce qui m’a accompagnée pendant tout le processus, c’est une sensation que nous connaissons tous : quel que soit l’amour que nous portons à quelqu’un, il y a toujours un endroit où nous sommes seuls. Et il y a toujours un endroit où l’autre est seul, inaccessible. Cela vaut pour le couple, pour la famille, pour toutes les relations.
Le film montre aussi une société encore largement pensée pour les entendants. En France comme en Espagne, il existe un décalage entre les politiques publiques et la réalité vécue. Avez-vous le sentiment que le film, par son accueil, a pu participer à une prise de conscience ou à des évolutions concrètes ?Films
Certaines personnes entendantes m’ont dit que le film avait changé leur regard, qu’elles avaient envie de se rapprocher de la communauté sourde, d’apprendre la langue des signes. Et des personnes sourdes nous ont écrit en disant qu’elles ressentaient des changements dans leur environnement.