John Madden ( 1999) GB 2h06 |Avec: Gwyneth Paltrow, Joseph Fiennes,
Le film imagine William Shakespeare au moment où il écrivait Roméo et Juliette, empêtré dans une panne d’écriture, les dettes et l’urgence de livrer une nouvelle pièce.
Divertissant, iconoclaste: une fabuleuse intrigue romanesque
Ce film aux sept oscars de John Madden ,reste une réussite et une référence dans le domaine des films consacrés à Shakespeare et à son œuvre. Tout à la fois populaire et grand public, ce film a en effet le grand mérite d’offrir une reconstitution vraisemblable du Londres élisabéthain qui sert de cadre aux débuts du futur grand dramaturge. Le moment choisi est crucial car il montre les enjeux, les défis et les périls auxquels allait se heurter Shakespeare au moment où il décide d’écrire Roméo et Juliette, type de tragédie sans précédent et dont le succès à la fois immédiat et durable le lancera dans la carrière qu’on sait. Il lui permettra de se différencier nettement et pour longtemps de ses prédécesseurs ainsi que de ses rivaux dans le métier du théâtre.

Le film associe l’époque créatrice et tumultueuse de Shakespeare et de ses contemporains avec la jeunesse, l’énergie et le dynamisme. Si un casting judicieux, la qualité de la musique d’accompagnement, la beauté des images autant que le soin apporté à la reconstitution historique n’ont certainement pas peu contribué au succès inattendu de ce film, sa vertu principale réside dans les ressources et l’inventivité d’un scénario brillant et incisif. Le rythme rapide imprimé au déroulement de l’intrigue enchaîne, comme autant de sketches, les éléments d’une histoire qui nous tient en haleine, redonnant ainsi l’envie de relire et de revoir au théâtre des pièces dont la modernité n’est plus à démontrer.
John Madden et son équipe ont fait le pari humoristique de ressusciter la figure de l’auteur à qui ils donnent non seulement la parole mais aussi le premier rôle dans une étonnante autobiographie fictive . Le coup de Jarnac qu’ils portent ainsi à la doctrine structuraliste, dans laquelle l’auteur doit impérativement s’effacer derrière son œuvre, réussit, pendant tout le temps de la représentation, à abolir le mythe de son improbable présence ou de son existence spectrale, pour le faire exister et le donner à voir en chair et en os. Le crâne largement dégarni de Shakespeare dans le portrait Chandos (Laroque fait ici place au charme et à la séduction personnelle du jeune Joseph Fiennes. Comment dès lors ne pas voir dans le risque que prend résolument la fiction historique et cinématographique l’esquisse de ce qu’on pourrait nommer une didactique du plaisir ?Le réalisateur
Le réalisateur
Réalisateur, producteur et scénariste britannique, John Madden a fait ses études à Bristol, puis il a choisi de débuter sa carrière de réalisateur à la radio où il a dirigé des épisodes de Star Wars recréés pour ce média au début des années 80. Il a ensuite travaillé à la télévision.
Il passe finalement au cinéma en 1993 avec le drame romantique Ethan Frome (1993) qui ne sort même pas sur les écrans français. Même punition pour son thriller Golden Gate (1993) . Après ces deux échecs, John Madden retourne à la télévision, avant de retrouver le grand écran avec La dame de Windsor (1997) où Judi Dench incarne la reine Victoria.
Le premier vrai beau succès de John Madden intervient l’année suivante avec le pétillant Shakespeare in Love (1998). Le métrage est un triomphe public international (1 681 915 entrées en France) et il glane la bagatelle de 7 Oscar. John Madden continue dans le cinéma romantique avec Capitaine Corelli (2001) avec Nicolas Cage et Penelope Cruz. Durant les années 2000, on perd la trace du cinéaste qui tourne deux inédits : Proof (2005) et le polar Killshot avec notamment Mickey Rourke.
Finalement, c’est en 2010 que John Madden revient faire un tour du côté des salles françaises avec le thriller L’Affaire Rachel Singer, mené par Helen Mirren. En 2011, il signe la comédie Indian Palace qui remporte un beau succès dans le monde .Ragaillardi par ce beau succès, John Madden décide d’en tourner une suite nettement moins réussie : Indian Palace : Suite royale (2015) . En 2016, le réalisateur livre le drame Miss Sloane avec Jessica Chastain et revient en 2022 avec une évocation très académique d’un épisode de la Seconde Guerre mondiale intitulée La ruse, avec Colin Firth.

Citations
John Madden: « Le film parle de la naissance de l’inspiration : comment une expérience intime peut devenir une œuvre. Nous voulions montrer Shakespeare non comme une statue, mais comme un jeune homme vivant, drôle, vulnérable. Le plaisir du film vient de ce jeu entre la fiction et ce que nous savons de Shakespeare.
Shakespeare in Love est une fantaisie historique : ce qui compte, c’est la vérité émotionnelle.»
Tom Stoppard (le scénariste) : « Shakespeare a toujours joué avec les identités, les déguisements, les doubles. Nous avons simplement fait la même chose avec lui. Le film est un hommage à la joie du théâtre, à son chaos créatif. »