Shih-Ching Tsou (2025) Taïwan 1h49 Avec: Shih-Yuan Ma, Janel
Une mère et ses deux filles arrivent à Taipei pour ouvrir une petite cantine au cœur d’un marché nocturne. Autour d’elles gravite une famille,attachante, chaotique, dont les conflits et les secrets composent une chronique foisonnante.
Un film choral vibrant, généreux et plein d’énergie.

©Le Pacte
Au-delà d’une histoire de famille, Left-handed girl est aussi un film sur la culture du secret, notamment chez les femmes, quelle que soit leur génération. Chacune des trois héroïnes cache en effet quelque chose, chacune navigue dans propre monde où elle tente de survivre, chacune à sa manière et à son échelle. « Dans la culture chinoise en particulier, il est très important de sauver la face. Il faut montrer le meilleur de soi-même aux gens, surtout pas des choses moches, dont on aurait honte. C’est vraiment spécifique à cette culture. » confie la réalisatrice taïwanaise.
N’oublions pas de préciser que Shih-Ching Tsou est la co-scénariste de Sean Baker (Anora, Palme d’Or du Festival de Cannes 2024) sur la plupart de ses films. Ils ont même réalisé un documentaire ensemble, Take out, il y a plus de vingt ans ! Sean Baker a d’ailleurs co-écrit le scénario de Left-handed girl et en a assuré le montage. Et c’est vrai que l’on retrouve ici la narration si particulière des films de Baker, le charme fou d’une histoire solidement ancrée dans le réel mais transcendée par une atmosphère débordant d’humour, d’invention, de poésie… et avant toute chose d’amour pour ses personnages.Utopia
Shih-Ching Tsou s’offre de nombreuses ruptures de rythme, pour mieux s’attarder sur les blessures intra-familiales et dépeindre les inégalités de genre et les privilèges masculins encore très marqués à Taïwan. Si le film n’attend pas son climax final pour émouvoir, Left-Handed Girl trouve le parfait équilibre entre humour un peu amer, émotion et satire sociale, avec un supplément capital sympathie insufflé par la petite fille gauchère qui donne sa particularité au titre. Bleu du miroir
La réalisatrice
Shih-ching Tsou naît et grandi à Taipei. Après avoir obtenu son diplôme de l’Université catholique Fu Jen, elle vient à New York pour obtenir un master en études des médias à la New School.
Le premier film de Tsou, Take out, est co-réalisé, co-écrit et co-produit avec Sean Baker, son compagnon. Tsou a ensuite collaboré avec Baker sur son troisième film, Starlet, en tant que productrice exécutive et costumiere. Baker et Tsou ont de nouveau collaboré sur Tangerine (2015), où elle est productrice, costumière, directrice artistique et cadreuse adjointe. C’est dans ce film qu’elle a fait ses débuts d’actrice. Après Tangerine, Tsou a produit le long métrage suivant de Baker, The Florida Project (2017) présenté en avant-première à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes. Elle produit le long métrage de Baker, Red Rocket, présenté en avant-première au Festival de Cannes 2021
L’interview
Est-ce que LEFT-HANDED GIRL est un film autobiographique ?
Cette histoire est très personnelle. Le film est né d’un souvenir vif : mon grand‑père m’a un jour dit de ne pas utiliser ma main gauche car c’était la main du diable. En développant LEFT-HANDED GIRL, j’ai commencé à collecter des histoires — certaines venant d’amis, d’autres de ma famille, voire d’inconnus. Un des rebondissements du film vient d’une amie qui avait vécu une expérience similaire.
Cette histoire m’a profondément touchée de manière inattendue. J’étais attirée par la tension présente dans les familles traditionnelles — comment la peur du jugement ou du rejet social peut entraîner l’enfouissement de secrets pendant des années.C’est pour cela que nous avons intégré ce rebondissement : la famille semble ordinaire en surface, mais en réalité, elle cache quelque chose de profond.
Au-delà d’une histoire de famille, diriez-vous que c’est aussi un film sur la culture du secret chez les femmes ? Quelle que soit leur génération, vos personnages principaux cachent toutes des choses.
Sans aucun doute. Dans la culture chinoise en particulier, il est très important de sauver la face. Il faut montrer le meilleur de soi-même aux gens, surtout pas des choses « moches », dont on aurait honte. C’est vraiment spécifique à cette culture.

Nous avons essayé de le montrer tout en conservant les perspectives de chacune. Plus particulièrement quand on est avec I‑Jing, cette petite fille, filmée à sa hauteur quand elle déambule dans le marché de nuit. Idem pour I‑Ann, sa sœur aînée, qui veut avant tout être elle-même.Elles naviguent effectivement toutes dans leur propre monde, où fondamentalement elles essaient de survivre, chacune à sa manière.