Paul Grimault France – 1980 – 87 min – Animation -Scénario : Jacques Prévert et Paul Grimault, d’après La Bergère et le Ramoneur de Hans Christian Andersen
Un roi despote pourchasse deux jeunes amoureux, tandis qu’un oiseau libre et moqueur déjoue sa tyrannie dans une fable poétique et satirique.
Un trip fou dans un drôle de monde surréaliste où l’émerveillement le dispute à l’angoisse

©Tamasa
Grimault et son compère Prévert montrent la force que peut avoir la poésie, l’art et plus généralement l’amour … Le combat que mène l’oiseau est celui de David contre Goliath, c’est la lutte éternelle entre le bien et le mal. L’oiseau et ses chansons enfantines n’a que ses ailes et son bagout pour lutter contre les armes du Roi. A force de volonté et d’imagination, il communique son esprit solidaire à la population du royaume. Comme Prévert le poète, l’oiseau porte et transmet un message d’amour et lorsque le petit ramoneur est jeté dans la cage aux fauves, l’oiseau demande au musicien de jouer de son instrument : la mélodie démarre et hypnotise les lions. Cette superbe séquence montre l’art comme thérapie à la violence.
Au final c’est la pureté de la création devant la puissance politique, absurdité de la violence, le message pacifiste de Prévert et Grimault est simple mais garde toute sa force et demeure à jamais sublime. Lorsque le film est enfin terminé (1980) Jacques Prévert nous a quitté. L’avant première a lieu au printemps, Grimault réserve un siège à ses côtés et interdit quiconque de s’y asseoir. C’est la place du poète, absent certes, mais dont l’empreinte est à jamais inscrite sur la pellicule du Roi et l’Oiseau. dvd Classik

Jacques Prévert (décédé en 1977) ne connaîtra jamais la version définitive du Roi et l’oiseau. Héritiers revendiqués de Grimault, Hayao Miyazaki et Isao Takahata n’ont jamais cessé de clamer leur attachement au film. Inépuisable aire de jeux, le château est ironiquement coiffé d’un nid contestataire. Un oiseau persifleur et sa portée imprudente narguent le sommeil du souverain. C’est du côté de l’oiseau et de ses gracieux battements d’aile que les fondateurs de Ghibli puiseront leur inspiration. Le Château dans le cielrend allègrement hommage aux lignes élancées du palais et à la verticalité étourdissante du Roi et l’oiseau. Danielle Chou
Le réalisateur
Paul Grimault (1905-1994) est considéré comme le père du cinéma d’animation français. Né à Neuilly-sur-Seine, il se passionne très tôt pour le dessin et travaille d’abord dans la publicité avant de se consacrer au film d’animation. En 1936, il fonde avec André Sarrut le studio Les Gémeaux, qui deviendra l’un des principaux centres de production de dessins animés en France.
Sa rencontre avec Jacques Prévert est déterminante. Les deux artistes partagent un même goût pour la poésie, l’humour, la liberté et la critique des injustices sociales. Ensemble, ils réalisent plusieurs courts métrages remarqués avant de se lancer dans un projet ambitieux inspiré d’un conte de Hans Christian Andersen : La Bergère et le Ramoneur. Sorti en 1953 dans une version que Grimault désavoue, le film sera repris, remanié et achevé près de trente ans plus tard sous le titre Le Roi et l’Oiseau.
Ce chef-d’œuvre, récompensé par le prix Louis-Delluc en 1980, est aujourd’hui considéré comme l‘un des plus grands films d’animation de l’histoire du cinéma. Son univers poétique, son imagination visuelle et sa critique du pouvoir ont influencé de nombreux réalisateurs à travers le monde, notamment Hayao Miyazaki et Isao Takahata.
Tout au long de sa carrière, Paul Grimault a défendu une conception exigeante de l’animation, privilégiant la qualité artistique à la rentabilité. Son œuvre, peu abondante mais d’une grande cohérence, se distingue par la finesse de son dessin, la fluidité de son animation et la profondeur de son regard sur la société. À sa mort en 1994, il laisse l’image d’un créateur indépendant dont l’influence dépasse largement les frontières du cinéma français.
Auteur d’une œuvre rare mais majeure, Paul Grimault a marqué l’histoire du cinéma d’animation avec des courts métrages poétiques comme Le Petit Soldat ou La Flûte magique, avant de signer son chef-d’œuvre, Le Roi et l’Oiseau,