Un film de Coline Serreau. (1995) France 1h39 Avec Coline Serreau, Vincent Lindon, Philippine Leroy-Beaulieu, Marion Cotillard
Une comédie utopique et satirique où une extraterrestre venue d’un monde écologique et pacifique porte un regard tendre, drôle et critique sur notre société moderne.
Simple, loufoque, rieur et joueur

©tamasa
Le succès actuel de La Belle Verte illustre l’évolution de la réception d’une œuvre comme symbole de transformations sociales. Imbibé de poésie subtile et décalée, le long métrage s’érige en chef-d’œuvre visionnaire, manifeste d’un renouveau politique et social possible dans la continuité des mouvements actuels de décroissance, de minimalisme et de respect du vivant. La crise sanitaire du Covid-19 semble être l’occasion idéale de découvrir ou redécouvrir toute la richesse de ce film désormais culte, qui questionne tout autant notre rapport à l’autre que celui que nous entretenons avec l’environnement et les espèces qui nous entourent. Mathilde Partiot
A sa sortie, La belle verte fut un désastre commercial, accablé par la critique. Les spectateurs ont eu du mal à supporter la vision de leur société vue par Coline Serreau.
La réalisatrice a déclaré que « c’était une blessure narcissique pour les gens, d’entendre qu’on était sous développé » d’après un article de Zoé Varier sur France inter. Son but était de choquer et de provoquer une remise en question de nos modes de vie. Comme au début du film, où on découvre des habitants d’une autre planète, qui ne veulent pas aller sur la Terre et qui critiquent notre société archaïque.
Son film est désormais apprécié à sa juste valeur et reconnu pour le puissant message qu’il contient. Encore aujourd’hui, la critique faite par Coline Serreau est d’actualité. On se rend compte qu’en presque 25 ans, notre monde à pas tant évolué que ça. Elle n’hésite pas à utiliser de l’humour, bien placé pour mettre en lumière nos vices sociaux. Cet humour se retrouve dans les séquences qui ridiculise nos manières de vivre, comme la scène du rétroviseur, qui montre l’aberration de l’attachement aux biens matériels. Leïla Fallais
La réalisatrice

Coline Serreau est une réalisatrice, scénariste, actrice et femme de théâtre française née à Paris le 29 octobre 1947. Elle suit des études de lettres, de musique, de danse et même de trapèze avant de se consacrer au théâtre puis au cinéma.
Elle s’impose comme l’une des cinéastes françaises les plus originales de sa génération grâce à des films mêlant humour, regard social et engagement humaniste. Son plus grand succès est Trois hommes et un couffin (1985), immense triomphe populaire récompensé par plusieurs César et nommé à l’Oscar du meilleur film étranger. Elle réalise ensuite des œuvres marquantes comme Romuald et Juliette, La Crise, La Belle Verte, devenue culte, ou encore Chaos.
Artiste éclectique, elle a également écrit des pièces de théâtre, mis en scène des opéras et réalisé plusieurs documentaires consacrés aux questions sociales et écologiques. Son œuvre est traversée par des thèmes récurrents : l’émancipation, la solidarité, l’écologie et la critique des conventions sociales.
L’interview
Comment analysez‑vous la réception du film au moment de sa sortie, et son regain de popularité aujourd’hui.
Manifestement j’étais en avance, pourtant Je ne suis pas devin, en revanche je vois assez clair ! Mais personne n’a jamais écouté Cassandre. Et quand le film est sorti, certains se sont dit : « je ne veux pas vivre sur cette planète ». Parce qu’ils sont attachés aux avancées technologiques, aux bagnoles, aux téléphones, à la consommation… et moi aussi ! Je ne m’extrais pas de ça. Mais si le film devient populaire, surtout chez les jeunes, c’est qu’il y a cette aspiration à une remise en question. Maintenant, la question, c’est ce qu’on en fera : face à l’embrasement à venir, ira‑t‑on vers toujours plus de technologie, ou bien vers des solutions plus naturelles, plus respectueuses ?
On peut aussi être dans l’écologie individualiste, comme ce crétin de colibri qui pense qu’il est parfait parce qu’il verse son petit godet d’eau, sans se soucier des autres, sans aucun espoir d’éteindre le feu ravageur.On peut aussi remettre en cause collectivement les structures de la société pour qu’elle se transforme radicalement. L’histoire dira quel chemin aura choisi l’humanité.
Ce film mêle des réflexions sur le rapport à la nature et sur le féminisme. Comment pensez‑vous le lien entre ces thématiques.
Le patriarcat, c’est la source et la matrice de tous nos problèmes. L’histoire des humains, hommes et femmes, a commencé bien avant le patriarcat, mais elle n’a commencé à s’écrire, à se penser comme histoire qu’avec le patriarcat.
La définition d’une société patriarcale, c’est une société où l’on peut posséder quelque chose et le détruire. Les hommes veulent posséder le corps des femmes, qui porte et fabrique la seule indispensable richesse de l’humanité : les enfants. Les hommes n’ont pas le pouvoir de fabriquer cette richesse dans leur corps, cela les a rendus jaloux et hargneux. Ils ont voulu posséder ce qui leur manquait : le corps des femmes.
Or l’utérus et la terre sont très proches symboliquement, et c’est là qu’a commencé le désir de possession de la terre, ainsi que le droit de la massacrer, puisqu’elle vous appartient. Ou bien la terre et le corps des femmes sont perçus comme un terrain sacré dont la vie doit être précieusement préservée, ou bien comme un sac, un substrat inerte, qui n’existe que par la volonté de l’ensemenceur. Dans une société patriarcale, l’homme peut, selon son bon vouloir, soigner ou tuer la terre et l’utérus puisqu’il a décrété qu’ils lui appartenaient.
C’est ce que j’ai voulu dire dans mon film en critiquant la technicisation masculine de l’acte de naissance, qui fait des femmes un substrat passif et productif, prêt à recevoir de la chimie… tout comme on a traité la Beauce.