JEAN-FRANÇOIS LAGUIONIE, XAVIER PICARD 2019 France animation
Blessé , un vieux prince échoue sur une terre inconnue. Il est recueilli et soigné par le jeune Tom et ses parents. Le Prince découvre avec enthousiasme une nouvelle civilisation, mais…..
Un film d’animation drôle, poétique, d’une grande finesse.

©Gebeka
« C’est un film particulier, j’en ai jamais vu des comme ça. Déjà, dans les films pour enfants habituels, on a des histoires de sauvetage, d’enquête ou d’amour. Alors que, là, on ne sait pas trop qui sont les méchants, et ça explique plus quelque chose sur les humains et les animaux. Et puis, j’ai du mal à raconter ce film, parce que l’histoire est plus compliquée et qu’il y a des mots vraiment difficiles. On voit un prince arriver dans une ville. Le prince est plutôt calme et très intelligent, on ne sait pas vraiment d’où il vient, mais c’est pas grave parce que c’est pas le grand projet du film. Dans la ville, il y a beaucoup d’autorité et pas de bonheur. Elle ressemble aux temps modernes, mais sans gens pauvres. C’est aussi plus joli que notre monde, certaines barres de fer font un peu penser à la tour Eiffel. Cette ville est envahie par des arbres et j’aime bien cette idée. Si seulement ça arrivait, ça nous ferait pas de mal : on a tellement de voitures et de technologie que ce serait chouette si les arbres pouvaient venir casser tout ça. » Léonore 8 ans1
L’élégance des dialogues et des relations confère à ce film aux décors majestueux l’allant d’un récit philosophique, humaniste et enchanteur. De la rencontre entre ce prince plein d’humour, féru de poésie et de découvertes, et Tom, personnification d’un réseau de communication pacifique entre espèces vivantes, naît une ode à l’expérimentation, au courage et à la liberté Ingrid Merckx
Derrière l’histoire d’amitié entre Tom et le vieux singe, Le Voyage du prince est un conte philosophique aux multiples ramifications, une réflexion sur la rencontre avec l’autre, sur les rapports de la ville avec la nature, etc. Laguionie et Picard situent l’histoire à la fin du XIXe siècle, symbolique de l’ère industrielle, de la croyance dans le progrès et dans l’existence de races supérieures. C’était aussi l’époque des expositions coloniales…..C’est toute la force de cette œuvre malicieuse qui, au détour de dialogues évocateurs, interroge ce début de XXIe siècle. le mag du cinéma

©Gebeka
Le réalisateur
Né en 1939 à Besançon, Jean-François Laguionie se forme au Centre dramatique de la Rue Blanche avant de réaliser ses premiers films d’animation dans le studio de Paul Grimault, illustre réalisateur du Roi et l’Oiseau (1952). Son premier court métrage, La Demoiselle et le Violoncelliste (1964) reçoit le Grand Prix du festival d’Annecy. Il y déploie sa technique du papier découpée qui caractérise l’esthétique de ses premiers films. La Traversée de l’Atlantique, son neuvième film, est multi récompensé. Il fonde l’année suivante la Fabrique à Saint-Laurent-le-Minier dans le Gard, studio-coopérative où sera conçu Gwen, le livre de sable (1984), son premier long métrage. Suivront cinq long métrages, dont Le Château des singes (1999), Le Tableau (2011) ou encore Louise en Hiver (2016), où le réalisateur, à travers différentes techniques, explore avec subtilité et humour les thèmes de la tolérance, du vieillissement ou encore de l’amitié. Suivront en 2019 « Le voyage du prince et en 2025 « Slocum et moi » où il revisite son enfance, les rapports aux pères, l’utopie qui a soudé cette famille recomposée dirait on aujourd’hui.
Le mot de Jean-François Laguionie
« Il fallait attribuer à ce nouveau monde une époque, un style, un comportement cohérent qui nous fasse penser à notre propre histoire. La fin du XIXe siècle est une époque où jamais dans l’histoire, l’Homme ne s’est senti aussi supérieur à la nature et à ceux qui n’étaient pas parvenus, selon lui, au même degré d’évolution. C’est le règne du progrès, des découvertes industrielles, de l’électricité rayonnante et des expositions coloniales où l’on présentait les sauvages dans des cages analogues à celles du Jardin des Plantes
Le mot de Xavier Picard
La mise en scène est volontairement sobre et efficace, le découpage loin des habitudes frénétiques, l’animation réduite à l’essentiel comme avec des acteurs de « films en vrai » qui n’ont pas peur du vide et ne gigotent pas devant la caméra. J’ai mis mes pieds dans les empreintes du maître et fait en sorte de mettre en musique la mélodie ; il était le compositeur et moi, toute comparaison gardée, l’arrangeur et le chef d’orchestre. Je souhaite que le public – adultes, enfants, singes et autres congénères – partage notre Voyage en s’amusant mais aussi en observant, comme dans un miroir, le reflet de notre vie d’aujourd’hui.
Phèdre le disait dans ces termes : « Le mérite de la fable est double : elle suscite le rire et donne une leçon de prudence ! »