Dennis Gansel (2008) Allemagne 1h47 Avec: Jürgen Vogel, Frederick Lau, Max Riemelt
Dans le cadre d’un atelier, un professeur propose à ses élèves une expérience visant à leur expliquer le fonctionnement d’un régime totalitaire.Ce jeu de rôle grandeur nature s’avérera problématique….
La gravité du propos n’alourdit à aucun moment ce film vif et intelligent

Le cas réel, aux États Unis, dont s’inspire La Vague fait partie de ces récits à valeur morale que l’homme aime à se raconter de temps en temps pour se faire la leçon et pour se faire peur, comme pour mieux se rappeler de se méfier de lui-même…. Il était donc naturel que son adaptation cinématographique nous vienne d’outre-Rhin (où le film a connu, un succès retentissant. Le film a donc les traits un peu épais et grossiers d’un phénomène de société. Le principe ? Pour expliquer le totalitarisme à ses élèves, un professeur leur inculque les valeurs propres aux régimes dictatoriaux… avant de découvrir, effaré, qu’ils y prennent goût et s’y épanouissent ! Décortiquant ainsi les mécanismes comportementaux liés aux notions de groupe, d’appartenance, de discipline et de conformisme Fiches du cinéma
« La Vague » est un film qui plaît et séduit grâce à un grand nombre d’atouts des plus simples.
Le premier est l’absence de longueurs : les transitions vont toujours vers l’essentiel. Le film se déroule sur cinq jours, chacun d’entre eux apportant sa brique à l’édifice ; une semaine scolaire, et dieu créa une autocratie complète et parfaite…
Le deuxième atout réside dans les questions que le film arrive à soulever en toute « légèreté » : avons nous vraiment tiré une leçon de l’Histoire ou encore, avons-nous su tirer de tout cela une morale et un mode de vie sain ? En découlera ainsi une question pertinente : sommes-nous sûrs de nous prémunir du retour du nazisme ou de toute autre forme de dictature qui s’accompagne généralement de son lot d’horreurs ?
Mais « La Vague », c’est également la richesse des thèmes abordés, toujours avec souplesse : les aspects communautaires, la recherche de son identité, la recherche de la reconnaissance de soi et la discipline du corps et du comportement. Le film nous montre que même les bonnes volontés et les bons caractères, s’ils sont poussés à leur extrême, amènent inexorablement le revers de la médaille : le rejet du différent, la recherche perpétuelle de bouc émissaire et donc la non prise de responsabilité ou bien encore l’absence de la notion de pardon. Jean Philippe Martin
Le réalisateur

Dennis Gansel est né en 1973 à Hanovre. Dès son plus jeune âge, il s’est familiarisé, grâce à son père, à la culture cinématographique. Ensemble, ils regardent des classiques du cinéma français comme les films de Jean-Pierre Melville ou ceux de Jean-Luc Godard. C’est à cette période de sa vie que naît sa passion pour le septième art.
Etudiant à la Munich Film School, il réalise de nombreux courts métrages Son diplôme en poche, Dennis Gansel réalise pour la télévision son premier long métrage, “The Phantom”, un thriller politique à propos de la “bande à Baader” interprété par Jürgen Vogel qui joue le rôle du professeur dans La Vague
En 2001, il fait ses débuts sur grand écran avec un teen movie, GIRLS ON TOP, qui est un succès commercial .Il se lance alors, dans l’écriture de NAPOLA (BEFORE THE FALL). Le script, dont l’action se situe dans un camp d’éducation nazi,
Ce drame intense sortira sur les écrans en 2004,et remportera de nombreux prix dans les festivals L’acteur Max Riemelt qui y tient le rôle principal incarne Marco dans LA VAGUE, Ses films suivants ne sont pas sortis sur les écrans français.
Réalisateur cérébral et engagé, Gansel a toujours été fasciné par les rouages du nazisme. Mais il cherche avant tout à comprendre comment l’Allemagne a pu sombrer dans ce système et se demande si son pays peut un jour replonger dans le fascisme
L’interview
A travers l’Europe, le rejet de l’immigration semble croître. Les sujets qu’abordent » La Vague » sont-ils plus actuels que jamais ?
Certainement, et avec la crise économique le climat social de l’Europe va devenir encore plus rude. La tolérance s’exerce plus facilement dans la prospérité que dans la crise. C’est pourquoi le sujet est extrêmement actuel, en regard aussi de ces nombreux mouvements politiques qui utilisent la crise pour attirer l’attention, avec des solutions apparemment faciles. Il faut garder la tête froide, c’est le seul moyen de s’opposer efficacement aux escrocs.
Avec LA VAGUE, vous revenez à la question du nazisme, que vous aviez déjà traitée dans NAPOLA. S’agit-il d’une coïncidence, ou le sujet vous touche-t-il particulièrement?
La question de savoir si le fascisme pourrait réapparaître, et comment ce système fonctionne, m’a toujours fasciné.
C’est quelque chose qui est probablement lié à l’histoire de ma famille. Mon grand-père était officier sous le IIIème Reich, et cela a toujours beaucoup tourmenté mon père et mes oncles. Je me suis souvent demandé, quand j’étais jeune, comment j’aurais moi-même réagi dans une telle situation.
Qu’est-ce qui vous a intéressé dans l’expérience de la « Troisième Vague », au point d’en tirer un film ?
Je me rappelle très précisément la première fois que j’ai lu «La Vague» de Todd Strasser. En lisant un tel livre, on ne manque pas de se demander: Qu’aurais-je fait dans une telle situation ? Aurais- je pris part à ce processus ? Bien sûr, on se dit que le contexte est différent, que ces événements ont eu lieu il y a longtemps, dans les années 60 et aux USA. On est tenté de se dire qu’une telle chose ne pourrait se produire dans l’Allemagne d’aujourd’hui.
Nous sommes partis de cette idée en situant le film dans l’Allemagne contemporaine, afin de se demander si, justement, une telle chose serait possible