Koya Kamura (2025) Corée 1h46 Avec: Roschdy Zem, Bella Kim, Park Mi-hyeon
Yan, un français auteur de BD, rencontre à Sokcho Soo-Ha dans la petite pension où elle travaille. Un lien s’établit entre eux, elle s’interrogeant sur son identité, lui cherchant l’inspiration.
Ce lien fragile entre deux êtres est une merveille de délicatesse

Récit initiatique tout en délicatesse, Hiver à Sokcho n’hésite pas à déjouer nos attentes et choisit de prendre son temps pour nous imprégner de la subtilité des émotions et de la confusion des sentiments qui traversent Soo-Ha. Aux nombreuses interrogations qu’il soulève, il n’offre aucune résolution facile. Son rythme lent et contemplatif, sans doute, excelle à rendre compte de la démarche introspective de Soo-Ha et ce jusqu’au seuil du printemps, jusqu’à ce beau dénouement en deux volets qui, s’il peut en un premier temps nous paraître frustrant, s’avère riche de signification. Anne Randon
HIVER À SOKCHO« Ni tout à fait d’ici… ni vraiment de là-bas ». C’est une maxime qui traverse le cœur de tous les binationaux, quel que soit le pays, la culture, la langue. Le sentiment de n’être jamais vraiment tout à fait au bon endroit, à sa juste place, l’impression intime, complexe et parfois déstabilisante de marcher en permanence sur un pont fragile entre deux rives.
Adaptation fidèle, par un Franco-japonais, du roman d’une Franco-coréenne, tourné dans une petite ville portuaire de Corée du Sud non loin de la frontière avec celle du Nord, Hiver à Sokcho évoque avec une profonde délicatesse ce voyage entre deux territoires qui s’interrogent, s’interpellent, se tournent autour, deux mondes qui s’attirent mais qui ne se comprennent jamais totalement. C’est un film feutré qui avance doucement, comme une marche prudente sur la neige… à petits pas, en demi-teintes, dans la nuance et les non-dits, dessinant à l’encre de Chine l’histoire d’une rencontre entre deux âmes sensibles. Utopia
Elisa Shua Dusapin Autrice du roman » Un hiver à Sokcho »
Le film réalisé par Koya, avec la contribution de toute l’équipe, me bouleverse au-delà de sa beauté formelle : il pose des projecteurs dans des recoins de mon monde intérieur que je n’avais pas forcément visualisés lors de l’écriture, mais qui forment un ensemble parfaitement cohérent, avec sa poésie et ses violences propres. Merci !
Le réalisateur
Koya Kamura est un réalisateur franco-japonais né à Paris. Diplômé de l’Université de cinéma Paris VII avant d’étudier à l’ Université Keio de Tokyo , il a débuté sa carrière en France en 2007 et a ensuite rejoint la Walt Disney Company en 2008 en tant que producteur créatif et réalisateur . Toujours chez Disney en 2020, Koya a travaillé au développement des premiers contenus scénarisés pour la plateforme .
Koya Kamura a fait ses débuts à la réalisation avec son court-métrage de fiction « Homesick » en 2019, se déroulant dans la zone interdite de Fukushima. En 2023, il a réalisé son premier long-métrage, « Winter in Sokcho ». Koya Kamura travaille actuellement sur son deuxième long-métrage, « Évaporés » , un film noir sombre se déroulant également à Fukushima.
l’interview
Qu’est-ce qui a motivé votre envie d’adapter le roman d’Elisa Shua Dusapin ?roman d’Elisa Shua Dusapin ?
Qu’est-ce qui a motivé votre envie d’adapter le roman d’Elisa Shua Dusapin ?
Ce livre parlait d’identité, de métissage, et cela résonnait fortement avec mon histoire personnelle. Ayant
déjà des images en tête en lisant le livre, je me suis très vite mis dans l’optique de l’adapter.
Pour cela, j’ai fait appel à Stéphane Ly-Cuong, un auteur-réalisateur français issu de la deuxième génération vietnamienne dont toutes les œuvres parlent de la filiation, du déracinement et de la double-culture.
La binationalité est un sujet qui vous touche intimement…

Si je comprenais intimement les questionnements de Soo-Ha, l’héroïne du livre, c’est en effet parce que je suis franco-japonais. En France, j’ai toujours été considéré comme un chinois, et au Japon, on me prenait pour un sud-américain.
J’ai toujours eu l’impression d’être un outsider, de ne pas me sentir à ma place. Quand on grandit en société, on cherche à être accepté. Je me suis donc construit en cherchant sans cesse la validation des deux pays.
C’est sûrement ridicule, mais étant adolescent, je voulais m’appeler Eric comme le chanteur des « Musclés » du Club Dorothée. Je voulais une moustache et parler avec l’accent du sud-ouest car pour moi, c’était ça, être français. Hiver à Sokcho m’a permis de creuser et d’approfondir cette question du métissage.
A travers la représentation du corps, que vouliez- vous montrer ?vous montrer ?
Une des thématiques principales du film étant l’identité, il pose la question : « qu’est-ce qui fait ce que l’on est ? ». Est-ce notre passeport, la langue que l’on parle, la culture dans laquelle on évolue, la nourriture que l’on mange, ce à quoi on ressemble, l’image que l’on renvoie ?
Or je voulais montrer, tout au long du film, comment Soo-Ha façonne son corps en fonction des injonctions à la chirurgie esthétique et de ses troubles alimentaires, et comment Kerrand a des difficultés à dessiner des corps de femmes.
Etant de nature très pudique, je ne voulais pas être trop démonstratif mais j’aspirais à une forme de sensualité dans la manière dont Soo-Ha regarde les corps des autres femmes dans les bains et celui de son petit ami, car cela apportait du sensoriel et une émotion brute. Idem avec la nourriture qui est pour la jeune femme un moyen de communiquer avec les autres.