Maryam Moghadam, Behtash Sanaeeha (2025) Iran 1h36 Avec: Lili Farhadpour, Esmaeel Mehrabi,
Mahin a 70 ans et vit seule à Téhéran. Bravant tous les interdits, elle décide de réveiller sa vie amoureuse et provoque une rencontre avec un chauffeur de taxi……
Un film insolent, émouvant, malicieux et politique

Mon gâteau préféré est un film qui franchit les frontières conventionnelles du cinéma iranien. Un film qui, en ignorant certaines règles et interdits, construit son propre univers.
Dans les villes iraniennes, ce qui frappe au premier regard, ce sont les murs. Des murs élevés, parfois surmontés de grilles ajoutées ultérieurement pour encore les rehausser. Mais ces murs ne servent pas seulement à protéger la maison ; ils forment aussi une barrière pour les aspects les plus intimes de la vie, cachant ce qui ne doit pas être vu. Pour les femmes, la maison peut être à la fois une prison et la seule échappatoire possible. Parfois, ces murs deviennent des cages où les femmes sont reléguées à la marge, invisibles, réduites au silence entre quatre murs. Et pourtant, c’est là tout le paradoxe de la maison en Iran : ces mêmes murs qui limitent les femmes sont aussi leur dernier refuge, leur dernier espace de liberté. Là où elles peuvent enfin retirer leur foulard, accrocher leur manteau, respirer et être elles-mêmes.
Cette réalité, selon laquelle la maison joue un rôle crucial dans la définition des libertés des femmes en Iran, peut sembler étrange à un public non familier de la société iranienne. Mais dans le contexte culturel iranien, la distinction entre l’andarouni (l’espace intérieur, privé) et le birouni (l’espace extérieur, social) est une notion fondamentale de l’architecture et des relations sociales. L’andarouni est l’espace intime du foyer, là où la vie privée se déroule, tandis que le birouni est réservé aux interactions avec le monde extérieur. Pour les femmes, cette dualité signifie la différence entre ce qui est possible à l’intérieur de la maison et ce qui est interdit à l’extérieur. Maryam Mirzanejad
À l’annonce de la sélection de MON GÂTEAU PRÉFÉRÉ en compétition de la Berlinale 2024, les autorités iraniennes ont confisqué leurs passeports aux réalisateurs Maryam Moghaddam et Behtash Sanaeeha.
L’interview du producteur
À la tête de Caractères Productions, Étienne de Ricaud accompagne pour la deuxième fois le couple de cinéastes iraniens Maryam Moghadam et Behtash Sanaeeha, aujourd’hui assignés à résidence.
Quand rencontrez-vous pour la première fois Maryam Moghadam et Behtash Sanaeeha ?
Il y a une dizaine d’années, à Téhéran, j’ai produit , Le Pardon leur premier long métrage . Sorti en salles en 2021, le film racontait l’histoire d’une erreur judiciaire et d’une femme dont la vie est tragiquement bouleversée quand son mari est condamné à mort et qu’elle se retrouve seule avec leur fille à élever. Une œuvre déjà engagée,
Cet hymne à l’émancipation féminine leur a cependant valu d’être assignés en justice en Iran. Avaient-ils déjà connu des difficultés au moment du tournage ?

Il n’y avait pas eu de gros problèmes sur le tournage. Tout a vraiment démarré après la présentation du film à Berlin. Ce qui a vraiment dérangé dans Le Pardon, c’est qu’il s’agissait d’un des premiers films mettant en scène un homme du régime qui, soudain, n’y croit plus. À partir de là, tout est devenu très compliqué pour Maryam et Behtash. Ils ont eu à subir un procès qui a duré très longtemps. Ils ont fini par s’en sortir. Mais aujourd’hui, ils vivent dans l’attente d’un nouveau procès pour Mon gâteau préféré. C’est sans fin !
Comment est né Mon gâteau préféré ?
Après avoir été acquittés de leur procès initial, Maryam et Behtash nous avons commencé à échanger sur leur nouveau long métrage. Nous nous sommes tout de suite dit que nous n’allions pas partir sur un film aussi sérieux que le précédent, qu’il fallait trouver une autre approche et essayer d’être un peu plus léger, même si le fond resterait toujours aussi grave. D’où cette idée d’une apparente comédie romantique autour d’une femme d’un certain âge que nous montrerions aussi avec ses amies. Un sujet universel que Maryam et Behtash traitent en montrant la vie telle qu’elle est en Iran, de façon quasi documentaire. Ce contraste entre la chape de plomb qui existe à l’extérieur – dans les rues comme les couloirs de votre immeuble où votre voisin peut à tout moment vous dénoncer – et cet espace de liberté que constitue l’intérieur de votre appartement.
La réalisatrice, le réalisateur

Maryam Moghaddam est née à Téhéran. Actrice, scénariste et réalisatrice, elle est diplômée de l’école des arts du spectacle de Göteborg, en Suède. Elle s’est produite dans divers théâtres suédois et a joué dans des films iraniens tels que Closed Curtain (Pardé, 2013 de Jafar Panahi et Kambuzia Partovi, Ours d’argent lors de la 63e édition de la Berlinale.
Behtash Sanaeeha,son époux, est né à Shiraz. Après avoir obtenu son diplôme d’architecte, il écrit des scénarios et réalise des courts métrages, des documentaires et des publicités. . Behtash et Maryam commencent leur collaboration en coécrivant le long métrage Risk of Acid Rain (2015) qu’il réalise :une œuvre magnifique sur la solitude et l’amitié, puissante par ses non-dits et savamment rythmée d’humour et de poésie.). Leur film LE PARDON est présenté en compétition à la Berlinale 2021 et connait une carrière internationale exceptionnelle. MON GÂTEAU PRÉFÉRÉ est leur second long-métrage de fiction.