« West Beyrouth » Samedi 20 Nov 21h

Ziad Doueiri (Liban-France 1998), 1h45 avec Rami Doueiri, Mohamad Chamas, Rola Al-Amin, Carmen Lebbos

Beyrouth, 13 avril 1975 : premier jour, de la guerre civile libanaise. Les passagers d’un bus palestinien sont massacrés par des miliciens devant Tarek et Omar, deux adolescents qui vivent dans les quartiers Ouest de Beyrouth, la partie musulmane de la ville. Les chrétiens maîtrisent Beyrouth Est . Pourtant, Tarek et Omar feignent d’ignorer la tragédie qui se déroule sous leurs yeux, bien décidés à profiter de leur jeune âge pour continuer à s’amuser. En compagnie de May, une jeune chrétienne, ils vivent cette première année de guerre dans l’insouciance, découvrent leurs pulsions naissantes et leur sexualité. Mais la guerre est là….

West Beyrouth – le film largement autobiographique du Libanais Ziad Doueiri, n’aidera personne à y voir plus clair. C’est un film sur la jeunesse, la découverte, la légèreté; pas du tout un documentaire sur les premières heures de la folie meurtrière libanaise. Le Beyrouth de 1975 s’y dévoile cependant en toile de fond, derrière deux adolescents en vadrouille.

Tarek et Omar, jeunes musulmans de Beyrouth-Ouest, filment tout avec leur caméra Super-8, déjà démodée à l’époque. Ils saisissent des images et tentent de saisir le monde, qui est si compliqué, avec le sexe, avec May, la jolie petite chrétienne échouée dans le quartier, avec les parents, déprimés par le chaos, avec la voisine hystérique, etc. Leurs aventures décousues, entre bombes et snipers, c’est tout simplement la vie qui pétarade devant la mort.

Et puis il y a Beyrouth, ville mythique, qui a sombré comme le Titanic, avec les lampions de la fête. On la découvre dans sa «moitié» musulmane, dans son quotidien, dans sa richesse humaine, dans ses milices délirantes, qui font la loi en défaisant les lois, gangs en puissance, gangrène en devenir.Maroun Labaki

Beaucoup de tendresse dans le regard, et le rendu d’une ambiance chaleureuse: malgré la guerre, la vie continue tant bien que mal. On se sent proche des Libanais, francophones, cultivés et, dit-on, Suisses du Proche-Orient, et on souffre devant ce peuple déchiré, alors qu’il aurait tout pour vivre heureux. Tourné avec des moyens modestes, WEST BEYROUTH est un film plus que sympathique, avec des accents à la LES AMOURS D’UNE BLONDE et à la MARIUS ET JEANNETTE. Daniel Grivel

Film de gosses infidèles, aux religions comme aux divisions parcellaires de la ville. Film d’une soustraction, donc : la part du rêve est ailleurs, de l’autre coté de la ligne. Ce récit autobiographique d’un enfant de Beyrouth, devenu plus tard le cameraman de Tarantino, fonctionne, car porté par une lumière irréellement libanaise et chaude, un rythme musical (Doueiri a appris une chose de Tarantino : filmer comme des seigneurs des gosses qui marchent dans la rue) et un casting parfait. Inrock

Paroles du réalisateur

«Quand je pense à mon adolescence durant la guerre, je me rends compte que les bons souvenirs l’ont emporté sur les mauvais, . Je n’ai pas ressenti cette guerre aussi tragiquement qu’on pourrait le penser. Elle m’a offert une liberté sans limites et permis d’explorer tout ce que la vie pouvait m’apporter. Malgré l’angoisse que je devinais chez mes parents, j’étais incapable de la ressentir moi-même. Ce n’est que peu à peu que j’ai compris que la guerre s’associait à la mort et à la peur.»

Biographie

Né le 7 octobre 1963, Ziad Doueiri grandit pendant la guerre civile. Il quitte le Liban à 20 ans pour aller étudier aux Etats-Uniset travaille à Los Angeles comme assistant caméra puis chef opérateur pour notamment Quentin Tarantino dans les années 1990 pour les films Jackie Brown, Une nuit en enfer, Pulp Fiction et Reservoir Dogs. En 1998 il écrit et réalise son premier long métrage, WEST BEYROUTH, mondialement récompensé.

Jusqu’en septembre 2011, il se partage entre Los Angeles et Beyrouth, puis il retourne travailler à Beyrouth. En 2012, sort le long métrage L’Attentat, adapté du roman du même nom de Yasmina Khadra, dans lequel il dirige les acteurs israéliens Evgenia Dodina ou encore Ali Suliman. Il exprime son opposition au boycott d’Israël et défend sa décision de tourner en Israël un film avec des acteurs israéliens.Le 11 septembre 2017, il est remis en liberté après avoir été entendu par un tribunal militaire au Liban, en raison d’un déplacement en Israël contrevenant à la législation du pays (tournage du film L’Attentat en 2013). En 2017, son 4e film, L’Insulte, est présenté en sélection officielle à la Mostra de Venise 2017.