De Nicolas Roeg (1971) Australie GB 1h40Avec: Jenny Agutter, Luc Roeg, David Gulpilil Titre original : Walkabout
Deux enfants, seuls, dans le bush, nous sommes en Australie, rencontrent un jeune Aborigène en plein « walkabout »: une errance initiatique rituelle.
Une œuvre assez unique, une expérience envoûtante

Walkabout est un film qui tient tout entier à la force de son montage et de sa mise en scène. Le premier n’est pas dénué d’audace, et alternant d’impertinents montages parallèles avec des transitions inventives (ces pages qui se tournent pour avancer dans l’histoire du petit garçon) vient donner au film son rythme singulier. La seconde, témoignant du passé de photographe de Nicolas Roeg, propose un travail insolite sur la texture, sur les couleurs, sur les cadrages ou sur la lumière, et loin du simple livre d’images (certains plans étant au demeurant assez sublimes), renforce l’étrangeté d’un film à nul autre pareil.
Plus que jamais, Walkabout demeure une œuvre assez unique, porteuse d’un regard singulier et toujours énigmatique (David Gulpilil lui-même a avoué ne pas posséder toutes les clés de son personnage). Plus qu’une simple randonnée donc, une expérience envoûtante sur des routes peu empruntées, entre anthropologie et mysticisme, qui, si elle peut laisser sur le bord de ses chemins de traverse, ne risque pas de laisser son spectateur indifférent. dvdclassik
Mais Walkabout n’est pas un hymne pastoral et candide à la Nature. Malgré la majesté des paysages et la chaude lumière qui vient caresser les personnages, Nicolas Roeg filme les dangers qui guettent les enfants à leur insu, à l’instar de Charles Laughton dans La Nuit du chasseur : ici un python, là un scorpion, plus loin encore un étrange animal qui en dévore un autre et, bien entendu, l’omniprésence d’un soleil implacable brûlant tout sur son passage. Face à cette nature parfois hostile, le jeune Aborigène se révèle un guide bienveillant avec les deux Occidentaux. Et surtout, le cinéaste montre qu’entre êtres humains, la communication peut s’établir, en dépit de la barrière de la langue.
Dans cette magnifique relation qui se tisse entre les trois protagonistes, le petit garçon est un médiateur poétique, dans la grande tradition du cinéma fantastique où les enfants assurent le lien entre le monde réel et le fantasmagorique. Décidément, Walkabout n’en finit pas de dévoiler ses merveilles… utopia
Le réalisateur
Nicolas Roeg, d’abord projectionniste puis monteur après la Seconde Guerre mondiale, devient chef opérateur à la fin des années 1950 et collabore à de grandes productions comme Lawrence of Arabia, Doctor Zhivago ou Fahrenheit 451. Il passe à la réalisation avec Performance (1970), puis s’impose avec Walkabout, réflexion sur la civilisation et la nature. Au milieu des années 1970, il devient l’un des cinéastes britanniques majeurs grâce à Don’t Look Now (1973) et The Man Who Fell to Earth (1976), porté par David Bowie. Sa créativité décline ensuite, même si The Witches (1990), adapté de Roald Dahl, marque un succès notable. Fasciné par les voyages, l’obscurité et les récits initiatiques, Roeg poursuit avec Full Body Massage (1995) et termine sa carrière avec Puffball (2007).
la walkabout
Walkabout est le terme anglais donné au rite d’initiation des Aborigènes d’Australie (les peuples autochtones australiens) que les garçons accomplissent pendant l’adolescence et qui consiste à vivre dans le bush et l’outback (désert) pendant environ six mois.

Par cette pratique, les jeunes recherchent les signes laissés par leurs ancêtres et aspirent à imiter leurs traits héroïques. Ces longues déambulations dans les étendues désertiques jouent un rôle vital pour le contact et l’échange (à la fois matériel et spirituel) des ressources au sein des populations disséminées sur les vastes étendues désertiques.
L’écrivain-ethnologue Bruce Chatwin résume le principe du Walkabout tel qu’il le décrit dans son indispensable Chant des pistes : « Je ne me souviens pas du moment où j’ai entendu l’expression Walkabout pour la première fois. Mais il m’était resté l’image de ces noirs « civilisés » qui, un jour, travaillaient heureux dans une station d’élevage et qui, le lendemain, sans un signe d’avertissement et sans bonne raison, prenaient leurs cliques et leurs claques et disparaissaient dans la nature. Ils abandonnaient leurs vêtements de travail et partaient ; pendant des semaines, des mois voire des années ; ils traversaient à pied la moitié du continent, parfois uniquement dans le but de rencontrer un homme, puis ils revenaient comme si rien ne s’était passé. »