Max Walker-Silverman (2025) États-Unis, 1h36, Avec: Josh O’Connor, Lily LaTorre, Meghann Fahy, Kali Reis et Amy Madigan
Son ranch anéanti dans un incendie Dusty se réfugie dans un camp accueillant des personnes qui ont tout perdu , Pourra t’il se reconstruire en renouant avec sa famille, tout en découvrant une solidarité étonnante dans ce nouveau lieu de vie.
Une histoire père/fille mélancolique, douce, émouvante

© KMBO
Avec Rebuilding, son second long métrage après A Love Song (2022), Max Walker-Silverman confirme l’ancrage de son cinéma dans les paysages du Colorado.
À 32 ans, ce natif des Rocheuses transforme une expérience intime – l’incendie qui ravagea la maison de sa grand-mère – en fable méditative sur la reconstruction. Le film trouve une résonance saisissante avec les incendies récents de Los Angeles, rappelant combien les sociétés demeurent vulnérables face aux dérèglements climatiques. Le réalisateur choisit cependant d’évacuer tout discours militant pour privilégier une approche contemplative, où la beauté des liens humains supplante l’ampleur de la catastrophe. Fiches du cinéma
Soucieux d’accueillir la beauté des grands espaces autant que l’humanité blessée de ses personnages, Max Walker-Silverman fait preuve d’une grande sensibilité dans son attention à ce qui l’entoure. Des plans fixes d’une nature ravagée qui ouvrent le film à sa conclusion, il s’agit de faire rentrer la vie à l’écran par la mise en scène, d’apprendre pour Dusty, Callie-Rose et les autres à habiter le même cadre. Tout au long de Rebuilding, le cinéaste ne cesse, surtout, d’inscrire ceux qui vivent dans quelque chose de plus grand qu’eux, une ligne généalogique qui remonte à loin, un paysage ouvert sur l’infini plein de ciels radieux, un plafond étoilé… Quand Dusty est interrogé sur ce qui lui manque le plus de son ranch, il évoque de manière poétique toutes ces choses qu’il a déjà oubliées. Reconstruire se fait sur une mémoire. Dans le respect de tous ceux qui nous ont précédés, dans le souci de tous ceux qui nous suivront. Boris Bastide
Max Walker-Silverman
Originaire du sud-ouest du Colorado, Max a étudié à l’université de Stanford. Son premier long-métrage, A Love Song, a été présenté en avant-première au Festival de Sundance en 2022, ainsi qu’à la Berlinale. Max vit et travaille aujourd’hui dans les montagnes où il a grandi. Rebuilding, son second long-métrage, a été également présenté en avant-première au Festival de Sundance 2025.
L’interview
Comment était-ce de travailler avec une enfant actrice comme Lily LaTorre ? Quelle était la nature de
vos échanges avec elle et Josh pendant le tournage ?

Souvent, on choisit les enfants pour leur énergie débordante, parfois difficile à canaliser. Mais Lily, elle, est une véritable actrice. Elle est arrivée dans le Colorado avec son propre livre qu’elle avait écrit, racontant l’histoire vue à travers les yeux de Callie-Rose. Chaque scène avait ses propres images, métaphores et idées. Elle avait même projeté l’histoire de Callie-Rose sur The Magic Boots [de Scott Emerson], le livre qu’elle lit sur sa tablette. Elle est d’une rigueur incroyable, à tel point que Josh et moi nous sommes dit : « Ok, il va falloir qu’on sorte le grand jeu pour être à son niveau ». Elle est devenue très proche de Josh et de Meghann aussi. Ils ont tous été adorables et bienveillants avec elle. Même dans les meilleures conditions, être un enfant sur un tournage reste une expérience un peu étrange, alors je suis particulièrement reconnaissant envers tout le casting et l’équipe pour leur gentillesse envers Lily. En retour, je suis aussi très reconnaissant à Lily, qui nous a rappelé que ce métier est avant tout un jeu – un jeu avec des règles souples, des objectifs, mais qui doit toujours être orienté vers le plaisir. Tourner un film, c’est comme jouer une pièce de théâtre, et c’est une bonne chose. Merci Lily !
Dusty est un personnage dont la résilience, l’autonomie et l’indépendance semblent l’isoler des
autres, surtout de ceux qui l’aiment. Qu’est-ce qui vous a motivé à écrire un personnage avec ces
caractéristiques ?

Le mythe de l’autonomie – très ancré dans l’histoire américaine, et particulièrement dans l’Ouest – est particulièrement triste. J’ai vu beaucoup d’hommes glisser de cette autonomie vers la solitude, puis vers l’épuisement. Ce mythe reflète certains de nos instincts les moins nobles : se refermer sur soi, ériger des murs, poser des barrières. Mais cela ne sert personne, quel que soit le camp. Une des choses puissantes que les catastrophes provoquent, c’est qu’elles fissurent ce mythe, même si ce n’est que temporaire.
Bien sûr, j’ai partagé avec le casting des éléments plus précis sur Dusty et son histoire, présents aussi dans le scénario. Mais, comme souvent pendant le tournage et le montage, tout a été réduit à l’essentiel. Ce qui compte, c’est qu’à la fin, Dusty réalise qu’il a besoin des autres, tout comme eux ont besoin de lui