un film de : Laura Poitras (2022) Etats Unis h57 Lion d’or au Festival de Venise en 2022,
Nan Goldin photographe, immense artiste, activiste infatigable, se bat, sans discontinuer, contre la famille Sackler, responsable de la crise des opiacés aux États Unis et dans le monde. Le film nous mène au cœur de ses combats artistiques et politiques.
Le portrait beau et poignant d’une femme intègre

La cinéaste Laura Poitras et la photographe Nan Goldin, en formant une alliance qui fait date, offrent à notre époque un film exceptionnel : à la fois rétrospective et manifeste, démonstration de ce que l’art, la vie et la lutte politique — ce triangle si puissant lorsqu’il se forme — peuvent accomplir aujourd’hui. Toute la beauté et le sang versé appartient à un registre rare : celui du documentaire sublime, parce qu’il se compose de multiples éléments, mais surtout de deux lignes directrices audacieusement entremêlées.
La première, qui motive le tournage, est le combat du collectif PAIN, fondé en 2017 autour de Nan Goldin, pour dénoncer la responsabilité de la richissime famille Sackler, géants de l’industrie pharmaceutique, dans la « crise des opiacés » aux États‑Unis. Le climax du film — moment à la fois suspendu et foudroyant — est un appel en visioconférence où les membres de la famille Sackler sont contraints d’écouter la parole des survivants et des proches des victimes.
La seconde ligne du film retrace la vie et l’œuvre de Nan Goldin, depuis son enfance jusqu’aux événements déterminants qui ont façonné son existence et celles des personnes qu’elle a aimées. Son autobiographie se mêle à celle des autres : photographies de famille, images d’amis artistes, archives intimes et fragments de mémoire composent un récit polyphonique où l’art devient un acte de survie, de résistance et de transmission. liberation
Laura Poitras réussit un nouveau film éminemment politique qui est aussi une radiographie de toute une génération d’étasuniens qui s’est rêvée en dehors des codes dominants pour atteindre le fameux bonheur qu’il leur était promis dans la Constitution de leur pays. S’il est évident que l’argent protège ces familles puissantes, le mouvement de fond que décrit et représente la cinéaste à travers Nan Goldin, fait renaître l’espoir de plus de justice, notamment pour les familles endeuillées par la faute de la cupidité d’une industrie sans scrupule ni morale.bleu du miroir
Laura Poitras — Parcours et engagements
Laura Poitras est réalisatrice et journaliste. CITIZENFOUR, troisième volet de sa trilogie consacrée aux conséquences des attentats du 11 septembre, remporte en 2015 l’Oscar du Meilleur documentaire. La trilogie avait débuté avec My Country, My Country, consacré à l’occupation américaine en Irak, nommé aux Oscars. Elle s’était poursuivie avec The Oath, qui explore la base de Guantánamo et la « guerre contre le terrorisme ».
Elle est aussi l’auteure d’une enquête majeure sur la surveillance de masse menée par la NSA, récompensée par le Prix Pulitzer 2014 aux côtés du Guardian et du Washington Post. Elle a également réalisé ou produit plusieurs films et reportages politiques.
En 2006, le gouvernement américain la place sur une liste de surveillance antiterroriste confidentielle. Pendant six ans, elle est systématiquement détenue et interrogée lors de ses voyages. En consultant des documents obtenus après une action en justice, elle découvre qu’une enquête classée secret‑défense a été ouverte contre elle par le FBI. En 2014, des responsables de la CIA tentent de la faire qualifier « d’agent d’une puissance étrangère » pour la poursuivre — sans succès.
En 2016, elle présente sa première exposition personnelle, Astro Noise, au Whitney Museum de New York : une série d’installations immersives autour de la « guerre contre le terrorisme ». En 2021, elle expose pour la première fois en Europe, à la galerie n.b.k. de Berlin.
L’interview
Vous n’aviez pas peur de Nan Goldin, réputée être une dure à cuire ?
Bien sûr ! J’avais sans doute plus peur de Nan que des Sackler ! J’étais à la fois effrayée et excitée. Mais j’ai déjà fait d’autres films sur de forts caractères, nous sommes deux féroces. J’étais à la fois excitée par l’idée de travailler avec elle et intimidée. Comment lui résister ? Je fais des films depuis longtemps, bien sûr il y a eu sujets à débats, mais c’est mon film. J’y ai travaillé trois ans. Cette honnêteté qui se dégage de ses photos est aussi en elle. Elle a répondu à toutes mes questions. Elle parle de choses que les gens cachent habituellement.
Qu’est-ce qui vous a intéressé chez Nan Goldin comme point de départ d’une histoire ?
J’ai été intéressée de voir une artiste dans sa position, dont l’œuvre est accrochée dans les plus grands musées, oser confronter les Sackler et les institutions. De voir comment elle se servait de son pouvoir. Ce que cela disait du pouvoir des artistes et de l’art lui-même. De montrer que l’art est une force vitale qui tient les gens en vie, qui soutient une communauté. Je crois en cela, comme je crois dans le cinéma. J’ai toujours aimé son travail, je l’ai étudié de plus près pour faire le film. L’intimité, les personnages, la mise en scène de ses photographies, tout cela est très cinématographique.
Nan Goldin — Une figure majeure de la photographie contemporaine

Nan Goldin, l’une des artistes les plus importantes et influentes de sa génération, a profondément transformé l’art de la photographie grâce à son approche intime, brute et sans artifice du portrait. Depuis quarante‑cinq ans, elle crée des images inoubliables qui ont marqué la fin du XXᵉ siècle et le début du XXIᵉ. Depuis les années 1970, son travail interroge les normes sociales, les identités de genre et les frontières de la « normalité ». En photographiant sa vie et celle de ses proches, Goldin offre une voix et une visibilité à toute une communauté souvent marginalisée.
Dans les années 1980, les images de cette « famille élargie » deviennent la matière de son diaporama emblématique et de son premier livre, The Ballad of Sexual Dependency. En 1985, son travail est présenté à la Biennale du Whitney Museum of American Art à New York. Dix ans plus tard, en 1996, une vaste rétrospective lui est consacrée au même Whitney Museum, avant de circuler dans de nombreux musées européens.
En 2001, une nouvelle rétrospective, Le Feu Follet, est organisée au Centre Pompidou, puis voyage dans le monde entier sous le titre The Devil’s Playground. Une troisième rétrospective, This Will Not End Well, voit le jour en 2022 au Moderna Museet de Stockholm, avant d’être exposée internationalement. D’autres diaporamas marquants, sont à son actif