Dans un récent numéro de Télérama, on évoque des salles de cinéma d’un nouveau genre : on y vient avec son chien, ses aiguilles à tricoter ou ses pizzas à partager, parfois même déguisé pour coller à l’affiche.

Si les exploitants redoublent d’inventivité pour attirer un public de « spectateurs-consommateurs », appelons un chat un chat : ce ne sont pas des ciné-clubs. D’ailleurs, une exploitante l’admet en conclusion de cet article : les jeunes attirés par ces événements festifs ne retrouvent pas pour autant le chemin des salles pour la programmation régulière.
Notre approche est tout autre.Dans nos ciné-clubs, nous fidélisons le public par une manière singulière de présenter les œuvres au sein d’une programmation réfléchie sur toute une saison. De film en film, les membres de l’association se forgent une véritable culture cinématographique, une éducation du regard. Les plus anciens partagent leur savoir avec les néophytes, tandis que les plus jeunes nous bousculent par leur fraîcheur et leurs approches nouvelles.

Le débat au cœur de l’expérience de nos ciné-clubs se construisent sur l’échange. On ne consomme pas l’image : on découvre, on confronte, on discute. Les générations se croisent et, quel bonheur de retrouver, au hasard d’une file d’attente dans un cinéma, une personne rencontrée quelques jours plus tôt au ciné-club. Malgré nos différences ou nos écarts d’âge, ce goût du cinéma devient une passion commune qui nous permet, tout simplement, de faire société.
Depuis plus d’un siècle, le mouvement des ciné-clubs cultive cette indépendance vis-à-vis des puissances politiques et financières. Notre seul but ? Parler du cinéma comme d’un art, et non comme d’un produit. Alors que certains s’épuisent à chercher des stratégies marketing pour remplir des sièges, nous continuons, inlassablement, à parler de cinéma.
C’est aussi simple que cela, et c’est ce qui nous rend plus actuels que jamais.