Delphine Lehericey |(2023) France 1h23 Avec: François Berléand, Kacey Mottet Klein, Maria Ribot
Germain, retraité de 75 ans, veuf de Lise, qui préparait un spectacle de danse en collaboration avec la célèbre chorégraphe La Ribot décide d’achever le projet qu’elle avait entamé, et intègre la troupe de danse.
Une lumineuse comédie douce-amère

François Berléand est l’interprète idéal pour ce rôle. Son côté gentil bougon sied parfaitement à ce personnage qui flotte sans cesse entre désenchantement et tendresse. Ce corps qu’il promène avec nonchalance ne semble pas tout à fait taillé pour la danse. Ce sont pourtant les scènes de danse menées de main de maître par la généreuse et charismatique chorégraphe la Ribot qui font tout le sel de cette comédie finalement bien plus romantique que le postulat de base ne le laissait supposer. Si le but du cinéma est d’être essentiellement une boîte à rêves, alors Last Dance ! a pleinement rempli sa mission. Avoir à lire
il faut souligner le lien profond que le film tisse entre le cinéma et danse, exploré à travers la dimension thérapeutique de cette dernière (la capacité, pour beaucoup inattendues, qu’a le corps à guérir les blessures de l’âme). La Ribot s’avère de ce point de vue être le véritable point fort du film, grâce à son interprétation crédible et légère et à la mise en scène de moments chorégraphiques qui libèrent l’imagination. Cine europa
La réalisatrice
Diplômée des Arts du Spectacle à l’Université Paris X, issue du théâtre, Delphine Lehericey travaille d’abord comme comédienne et metteure en scène. En 2013, elle sort son premier long-métrage, PuppyLove, avec Solène Rigot et Vincent Perez, Son deuxième long-métrage, Le Milieu de l’horizon, qu’elle réalise en 2019, est porté par Laetitia Casta, Clémence Poesy, adapté du roman suisse homonyme de Roland Buti,
Elle développe ensuite, sa première série, Les Indociles, adaptée de la bande dessinée homonyme de Pitch Comment et
Camille Rebetez.
L’interview
Vous avez l’habitude de travailler avec des adolescents. Qu’est-ce qui vous a donné envie de parler de Germain, un retraité septuagénaire ?

Tout comme au cours de l’adolescence, la vieillesse est un âge de la vie où l’on fait face à une transformation irréversible. Si l’adolescence nous fait quitter l’enfance, quand on est vieux, on est vieux et notre corps et notre esprit commencent potentiellement à déconner. Nous sommes obligés d’accepter cet état, de la même manière que nous devons accepter notre
corps qui se transforme à l’adolescence, sans parvenir à maîtriser quoi que ce soit.
Cette implacabilité du corps qui se transforme peut être parfaitement angoissante. Pour ma part, vieillir m’effraie. Comment puis-je alors aborder cette thématique ? Comment construire des personnages crédibles, avec leurs défauts et leur caractère, qu’on puisse aimer et qui nous rassurent malgré tout ? Pour imaginer cette panoplie de personnages, j’ai beaucoup pensé à mes parents que je vois vieillir inévitablement. Je me suis demandé si j’allais devenir aussi « chiante » que Mathieu, le fils de Germain qui traite son père comme un enfant. Finalement, je me rends compte que j’ai écrit Last Dance ! pour mon grand-père ; un homme de 97 ans qui a encore tant de désirs et de vitalité. Lui le premier a été une source d’inspiration des plus stimulantes.
En y réfléchissant, Germain est peut-être l’adolescent le plus âgé que j’ai filmé ! François Berléand l’incarne à la perfection, dans toute sa corporalité, sa drôlerie, dans son égoïsme aussi. Il a vraiment fusionné avec le personnage. Et peut-être que lui aussi, comme tant d’autres comédiens, est resté un grand adolescent.
LA RIBOT
La Ribot est chorégraphe, danseuse et artiste, née à Madrid en 1962. Son œuvre, apparue au sortir de la transition démocratique dans l’Espagne des années 1980, a profondément modifié le champ de la danse contemporaine.
Elle défie les cadres et les formats de la scène comme du musée, empruntant librement aux vocabulaires du théâtre, des arts visuels, de la performance, du cinéma et de la vidéo pour opérer un déplacement conceptuel de la chorégraphie. Solo, explorations collaboratives, recherches avec des amateurs, installations et images en mouvements présentent dès lors les facettes d’une pratique protéiforme, qui ne cesse de mettre en jeu le droit du corps.