Takeshi Kitano (1997) Japon 1h43 Avec: Takeshi Kitano, Tetsu Watanabe, Kayoko Kishimoto
Après l’assassinat d’un collègue, l’agression violente de son équipier Horibe et l’annonce du cancer en phase terminale de son épouse, Nishi (Takeshi Kitano), un flic surdoué, mutique et facétieux, quitte la police……..
Une œuvre poignante et désenchantée, entre polar et drame intimiste.

Le « feu d’artifice » évoqué par le titre (Hana-Bi signifie feu d’artifice en japonais) est d’abord cette symphonie discontinue de violence dont l’explosion devient un motif de contemplation picturale. Celle-ci surgit toujours de manière fulgurante, impressionnante grâce à l’extrême simplicité et l’assurance du geste qui l’engendre. Avec un simple mouchoir lesté de pierres ou une paire de baguettes, Nishi élimine brutalement les yakuzas qui lui réclament des intérêts sur une dette. Le règlement de compte se met en scène comme un haïku : bref, sûr et précis. Hana-Bi rejoint ainsi le panthéon des films de « poètes-samouraïs » comme Ghost Dog et Dead Man de Jim Jarmusch, ou encore le futur Zatoïchi du même Kitano où le geste du meurtrier se rapproche de celui de l’artiste.Critikat
Rien de superflu, rien de trop, tout est à l’économie, économie de gestes, de paroles, de mouvements. Kitano flirte avec la violence et la brutalité pour mieux se livrer à une douce envolée presque onirique où il est question de fleurs et d’animaux étranges. La maîtrise absolue de la mise en scène suscite l’émerveillement, tout comme la beauté de la photo fait naître l’émotion. Du très grand art.utopia
Le réalisateur
Cadet d’une famille pauvre de quatre enfants, Takeshi Kitano commence sa carrière en tant que liftier dans un cabaret de spectacles burlesques. C’est là qu’il remplace au pied levé un des comédiens un soir de spectacle. Beat Takeshi est né. Avec son compère Beat Kiyoshi, il forme le duo Two Beats et se lance à l’assaut de la télévision japonaise en 1980. En duo comme en solo (avec l’émission Oretachi Hyohinzoku, littéralement Nous sommes sauvages et cinglés), Beat Takeshi triomphe tout au long des années 80 avec son goût de la provocation et son irrévérence. Au cinéma, ce goût pour le burlesque et la farce trouve son illustration dans le délirant Getting any ?, qu’il réalise en 1994. Le film n’est distribué qu’en 2001 en France.
Il entame parallèlement une carrière au cinéma, en apparaissant notamment dans Furyo de Nagisa Oshima en 1983. En 1989, Takeshi Kitano se lance dans la réalisation avec le polar Violent Cop. Deux carrières symétriques et deux noms différents pour chacune de ces directions : Beat Takeshi pour l’acteur, Takeshi Kitano pour le réalisateur. Beat Takeshi apparaît dans presque tous les films de Takeshi Kitano (exceptés : Kid’s return, A scene at the sea et Dolls),
Scénariste et acteur principal de ses propres films, Takeshi Kitano le réalisateur se fait connaître par ses polars au style mélancolique et ultra violent bien particulier : Jugatsu (1990), Sonatine (1993) et Aniki, mon frere (2000). Il y compose des personnages mutiques et inquiétants, que son visage à moitié paralysé (à la suite d’un accident de moto en 1994) contribue à rendre plus énigmatique encore.
Dans cet univers violent, Kitano ménage des plages d’une infinie délicatesse, faisant ainsi se côtoyer le pathétique, la mélancolie et la cruauté la plus extrême. En témoigne Hana-Bi (1997), qui, en plus de lui offrir un Lion d’Or à Venise, l’impose définitivement au plan mondial. Il est également capable de signer des oeuvres débarrassées de toute violence, comme A Scene at the Sea (1992). Il poursuit dans la même veine avec L‘Eté de Kikujiro (1999) ou encore le très pictural Dolls inspiré du théâtre de marionnettes japonais bunraku en 2002.
En 2003 puis 2005, Zatochi puis Takeshi’s sont des méditations sur la violence, où comment la violence accumulée sur des êtres fragiles peut être transformée en spectacle de la violence suivront Achille et la tortue et Outrage en 2010 ses films suivants ne sont pas sortis en France
Paroles du réalisateur
« Si je devais définir mon style, je dirais qu’il consiste d’abord à laisser le plus de liberté possible au spectateur. J’attends beaucoup du public, j’essaie d’établir un véritable dialogue avec lui. C’est pour cela que j’utilise autant d’ellipses et que je laisse autant de choses inexpliquées.Cela tient aussi à ma méthode de travail. Le plus souvent, je démarre le tournage sans scénario terminé, avec parfois une simple idée de départ comme c’était le cas pour Hana-Bi. »
« Je ne crois pas que Hana-Bi soit un film policier. Simplement, dans la société japonaise, seuls les flics et les yakuzas sont confrontés à la mort quotidiennement. Basiquement, un cinéaste qui veut exprimer son idée sur la vie et la mort n’a que deux possibilités : parler des flics ou parler des yakuzas. J’ai conçu ce film comme une sorte de balance entre la violence et1a douceur. Il faut parfois se libérer à travers des actes très violents pour que surgisse la douceur. Pareillement, ce sont souvent les êtres les plus gentils qui se livrent aux actes de violence les plus terribles. Ces éléments se mêlent de manière très naturelle chez moi car je ne vois pas de contradiction entre eux. Je passe du réalisme cru à la comédie sans me poser de questions. Les choses se font naturellement en même temps que se construit le film. »